Je m’en rappelle comme si c’était hier; j’étais assise dans le bureau de ma psychologue et je lui exprimais mon désespoir de ne pas guérir, de voir les améliorations à la miette, et les petits pas que je faisais, tellement minimes ils étaient, ne me donnait pas l’espoir d’une guérison. Et c’est à ce moment-là qu’elle m’a posé une question; une seule et unique question qui a tout changé pour moi : « Que veux-tu le plus profondément dans la vie? ». Ma réponse fut instantanée : « Fonder une famille ». Elle m’a regardé avec ses yeux remplis d’espoir et de compréhension, et n’avait plus besoin de rien dire; c’était clair pour moi : sans guérison, je n’allais jamais être mère (avec un corps si mince, sans règles et une énergie suffisante pour une seule personne). Je me voyais donc devant un dilemme dont la réponse était évidente, mais devait tout de même être acceptée, comme si je signais un contrat avec moi-même, afin de gagner la bataille.
Lorsque je tente d’expliquer ce trouble alimentaire, je fais le parallèle entre l’ange et le démon.
D’un côté, il y a l’ange, la « nouvelle Vanessa » : celle qui voulait guérir à tout prix, avec des efforts quotidiens à se parler et tenter de faire du renforcement positif pour y arriver. C’est aussi celle qui rêvait de se regarder dans le miroir et se trouver belle, qui ne porterait plus attention au chiffre sur la balance pour juger de son apparence, qui ne s’approprierait plus les préoccupations physiques des autres, et surtout, qui arrêterait de se comparer sans cesse. C’est celle qui prendrait plaisir à devenir imparfaite et ferait enfin, ce qu’elle a envie pour être heureuse.
De l’autre, il y a le démon, « l’ancienne Vanessa » : celle qui représentait la maladie, le besoin d’être mince, de faire attention, de compenser, de se poser des questions sans arrêt sur son apparence, d’être en constant déséquilibre, d’être malheureuse et de ne plus avoir espoir en la guérison.
Le combat a été féroce, mais vous savez maintenant qui a gagné. Et le prix a été extraordinaire! De nouvelles habitudes de vie, une saine alimentation, un corps en santé, capable d’enfanter, et un petit trésor qui s’y est installé. Aujourd’hui, à l’aube de mes 8 mois de grossesse, je peux dire que je me regarde dans le miroir avec mes formes, et je ris à me trouver grosse (mon bedon), mais belle. Oui…. BELLE. Je dis souvent à la blague que c’est mon petit garçon qui me rend ainsi et me donne cet éclat dont j’avais perdue, mais je crois pouvoir enfin avouer qu’il y a un peu de moi aussi.
Alors ça se peut et j’en parle avec conviction afin de continuer à donner espoir à tous ceux et celles qui sont dans cette situation. Je le répète; le chemin est long, la route est sinueuse avec plusieurs embûches, mais c’est possible! Il restera toujours du travail …je ne regarde pas mon poids lorsque ma médecin me pèse (qui soit dit en passant est très libérateur), je travaille doublement le « après grossesse » pour m’assurer de ne pas faire de rechute et avoir tous les outils en main, je peux encore me sentir « coupable » de rentrer à la maison au lieu d’aller m’entrainer, mais tous ces éléments sont minimes face au combat mené.
J’espère être en mesure de vous écrire un prochain article sur le sujet avec mon bébé dans les bras, et pouvoir vous donner trucs et conseils pour y arriver. Il est maintenant de votre ressort de vous poser la question: « Que voulez-vous le plus profondément dans la vie? »