Comme je l’écrivais dans mon dernier billet, je n’avais pas déterminé si j’allais ou non écrire sur le sujet de « la maternité » sur ce blogue. La décision s’est faite de façon très naturelle lorsqu’il est entré dans nos vies et que j’ai réalisé à quel point tout allait changer… pour le mieux.
Il y a déjà 2 mois, tu changeais ma vie à tout jamais. Je savais que tu arrivais, je me suis préparée à ta venue, mais jamais au grand jamais, je n’aurais pu croire l’effet que tu aurais sur moi. Tout le monde nous le disait, mais comment comprendre lorsque nous ne l’avons jamais vécu? Comment comprendre que nous pouvons aimer spontanément un tout petit être humain qu’on ne connaît à peine que depuis quelques minutes ? Et c’est pourtant ce qui est arrivé.
Cette journée restera gravée dans ma mémoire à tout jamais. Elle a commencé doucement, tranquillement, avec l’espoir que c’était peut-être aujourd’hui que tu allais te pointer le bout du nez. Je me souviens être assise sur le divan à réviser mon carnet de recettes (en espérant le compléter avant ton arrivée) et de me demander si les crampes que j’avais pouvaient être des contractions comme elles n’étaient pas douloureuses… Ton papa m’a demandé ce que j’avais le goût de manger et il m’a fait des pains dorés (je suis certaine que tu en raffoleras plus tard). Plus l’avant-midi avançait et plus je trouvais que l’intensité des maux de ventre augmentait alors j’ai cru bon d’appeler mon accompagnante afin de confirmer ou d’infirmer si le travail commençait. Après un bain bien chaud où je continuais toujours à ressentir une certaine douleur, nous confirmions que c’était bel et bien le « vrai travail » qui s’entamait.
Nous sommes restés à la maison tout l’après-midi et j’ai tenté, du mieux que je le pouvais de contrôler ma douleur, de rester positive, de méditer et surtout, de rester calme. Malheureusement, comme mon corps réagit souvent de cette façon lors de moments plus difficiles, je vomissais à chaque contraction. Mais je tentais de garder un certain contrôle sur mon esprit. Tes grands-parents sont passés (presque par hasard) pour nous apporter des petits plats préparés et j’ai vu le regard de compassion de ta grand-maman qui aurait tant aimé me soulager et prendre ma douleur.
À 17h, comme les contractions étaient de plus en plus rapprochées, nous avons quitté en direction de l’hôpital.
Je me souviens…
Je me souviens être arrêtée à plusieurs reprises dans le long corridor de l’hôpital pour respirer et avoir des contractions qui semblaient de plus en plus rapprochées.
Je me souviens de l’infirmière qui m’annonçait que j’étais seulement dilatée à 2 cm et d’être découragée, mais surtout, de me questionner de comment j’allais y arriver.
Je me souviens d’être couchée sur le côté pour éviter les maux de cœur et ainsi pouvoir me pencher rapidement lorsque j’étais malade. Aucune autre position n’était possible à ce moment-là.
Je me souviens de mon accompagnante qui, dans un moment de découragement total, me donnait mon deuxième souffle, en toute liberté, du choix d’un accouchement naturel.
Je me souviens des mots encourageants de ton papa qui croyait en moi, en toi, et qui savait que nous allions y arriver. De ses yeux si profonds qui me regardaient et me donnaient la force de continuer et de te donner tout ce que j’avais afin que tu puisses sortir.
Je me souviens de la voix rassurante du médecin qui est arrivé à 21h, n’a eu le temps que d’enfiler un sarrau et de me dire qu’elle voyait la tête. Et 3 poussées plus tard, j’avais sur mon ventre, le plus beau petit boxeur chinois aux yeux bridés et nez crochu.
Même aujourd’hui, après plus de 2 mois du jour de ta naissance, j’ai de la difficulté à expliquer et exprimer comment je me suis sentie à ce moment. C’était une joie immense, remplie de douceur, avec un sentiment de protection instinctif et une surdose d’amour.
La vie est plus belle de jour en jour; à te voir évoluer si rapidement (c’était presqu’un deuil de ranger tes vêtements « new born »!!) et à profiter de chaque moment si unique.
Je vous laisse avec un extrait du charmant recueil Les tranchées, Maternité, ambiguïté et féministe en fragments de Fanny Britt qui décrit de façon si juste ce que peut représenter le sentiment de protection surréel qui peut s’installer lorsque l’on devient maman: « … je parle de l’amour submergeant , tyrannique, je parle de fièvre et du calvaire de n’avoir jamais le cœur tout à fait tranquille, à part quand toute la famille s’entasse dans la même chambre et que je peux entendre les souffles réunis … parce que tout est à sa place, parce que j’ai tout mon monde, et personne d’autre ne m’attend nulle part. »